Mes porcs, en l’occurence, car hélas la liste est très longue… 🙁

Tout d’abord, je voudrais exprimer mon soutien à toutes les victimes d’Harvey W. et à toutes celles, silencieuses, d’autres nababs. Tout le monde savait, effectivement. Oui, même sur notre sol. C’était même un sujet de « plaisanterie », sans doute parce que ce genre de pratiques existent depuis les débuts du cinéma, des deux côtés de l’Atlantique, et que les jeunes actrices sont sensées avoir des « mœurs légères ». Les jeunes acteurs ne sont pas épargnés non plus. On les prépare, filles et garçons, dès les écoles de comédie, où ils/elles subissent le harcèlement (et plus si affinités) de certains profs. On leur explique que « ça fait partie » du métier, que par essence les « acteurs sont des putes », ce que leur répéteront certains réalisateurs, ou directeurs de casting, tout au long de leur carrière.

Aujourd’hui tombe un monstre, et je m’en réjouis, mais combien sévissent encore? J’enrage, face à la mauvaise foi crasse des professionnels français qui jurent, la main sur le coeur, que de telles ordures, il n’y en a pas chez nous, « pas à leur connaissance » en tout cas. C’est sûr que face à Weinstein, nos harceleurs font pale figure. N’empêche qu’ils et elles existent. J’applaudis Isabelle Adjani,  Juliette Binoche, ou Florence Darel, qui ont le courage de le rappeler publiquement:

Bref, depuis quelques jours, les langues se délient. On espère que cet afflux de témoignages glaçants feront bouger les mentalités. Aussi vais-je ajouter ma pierre à l’édifice. Je serais bien incapable de tenir le compte de tous les lourdingues et malades qui m’ont agressée verbalement et/ou physiquement dans la rue, le métro, les boites de nuit, magasins, voire salles de cinéma. Mais voici la liste exhaustive de ceux qui m’ont harcelée dans le cadre de mes études, puis de mon travail:

Lycéenne:

  • Un prof d’allemand lubrique lorgne sur mon (modeste) décolleté, me caresse l’épaule, en plein cours, et balance, devant toute la classe, que je lui fais de l’effet. Je ne vous raconte pas comme on se battait pour ne pas rester la dernière en classe, en tête à tête avec ce pervers, à la fin des cours…

  • Le patron du « bar de la plage en vogue » dans ma ville d’origine, et pour lequel je souhaitais travailler, insiste pendant des semaines pour qu’on se voie, devant un verre, « ailleurs » (= là où personne ne les connait lui ou sa femme). Je sens l’arnaque et trouve toujours un prétexte pour décliner.

  • Le père d’une copine me saute dessus, un soir où il me raccompagne chez moi. Je le repousse, en état de choc. Je passe tous mes dimanches chez lui depuis cinq ans.

Jeune actrice (ado toujours):

  • Dans le cours de théâtre le plus coté de la capitale, mon prof de 1ère année sait que je suis en galère de fric et de toit et me propose, après une soirée arrosée, de me sous-louer son appart. Et puis tiens, pourquoi ne pas le visiter sur le champ? Une fois sur place, je réalise qu’il a d’autres plans en tête. Je me sens stupide, et obligée, du coup, de coucher avec lui. Pas envie de me faire traiter d’allumeuse, et qu’il me saque en cours. Il m’a déjà obligée à lâcher mon boulot de vendeuse parce que « je dois rester disponible pour les répétitions, faut savoir ce qu’on veut, dans la vie ». Manque de bol, il va quand-même passer l’année à me saquer, m’humilier (et à se taper les deux tiers de l’effectif féminin de la classe), tout en nous faisant pratiquer, sur scène, des impros « french kiss & pelotage », et à nous monter les uns contre les autres. Quand on se rebiffe, il nous traite de « petits bourgeois », et nous rappelle, à l’envi, que ça fait partie du job d’acteur. D’ailleurs, lui-même se vante d’avoir vendu son cul, et d’aimer partager ses conquêtes avec son meilleur pote (célèbre metteur en scène de théâtre, multi Molièrisé). A la fin de l’année, la veille de l’audition finale, il m’annonce qu’il m’a saquée dans son rapport, pour que je ne sois pas prise en seconde année. Je passe l’audition en mode fin du monde, la réussis haut la main, et suis acceptée en seconde année. Au cours de l’été qui suit, le prof m’appelle, tout sympa, pour enterrer la hache de guerre. Il sait que je suis en galère de fric, et me propose un bon plan boulot. Je me retrouve, avec une poignée de camarades, dans une réunion de recrutement… pour une secte pyramidale. Je décline, et le prof sors enfin de ma vie. Je l’ai croisé, l’année dernière, lors d’une soirée organisée par une très grosse prod TV. Et oui, il bosse parfois comme scénariste…

  • Toujours dans cette prestigieuse école, un camarade de classe me viole, au cours d’une soirée. C’est de ma faute, comme me l’explique la seule  fille à qui j’ose en parler, j’avais consommé alcool et autres substances ce soir-là. Et après tout, ce garçon est un de mes ex, donc ça compte pas comme un viol. Je n’ose pas parler, d’autant que l’ambiance, en cours, est déjà explosive à cause du prof mentionné précédemment. Mon « ex » m’inonde, pendant des mois, de coups de fils et menaces, et pleure sur son mal-être, façon Bertrand C. Je tiens bon.

  • Encore et toujours dans cette prestigieuse école, certains élèves mâles de troisième année, qui commencent à monter des pièces, me proposent des rôles contre services en nature. Je décline, à chaque fois. L’un d’entre eux me saute dessus dans une salle de cours vide. Je le cogne.

  • Encore et toujours dans cette prestigieuse école (et oui, décidément), deux camarades qui m’auditionnent pour leur spectacle pourrissent une séance de répétition avec de sales blagues sur la sodomie. Je quitte le projet.

  • Toujours au même endroit, mais en 3ème année, un partenaire de scène (en couple) se met à me faire des avances. Quand je le repousse (gentiment), il me harcele pendant des semaines. Un jour où je monte sur scène, seule, il crie, devant toute la classe, que « je le fais bander ». C’est grace à l’intervention d’un autre camarade de classe, devenu (et qui reste) l’un de mes meilleurs amis, que le harceleur finit par lâcher l’affaire.

  • Lors d’un casting pour du mannequinat, un des organisateurs m’entraine dans une cabine pour prendre mes mesures. Ca se termine en pelotage. Je décline le job.

  • Comme tous les jeunes acteurs, je cours de casting en casting, souvent avec la boule au ventre. Pas par crainte de louper le rôle mais par peur de tomber dans un énième traquenard. Comme tous les jeunes acteurs, je sais que tel directeur de casting, ou tel agent exige des faveurs.

  • Après trois ans d’enfer, je sors, diplômée (et dégoutée de la profession), de la prestigieuse école. Entre deux castings, je travaille comme hôtesse sur les hippodromes parisiens. Certains chefs de postes me couvrent de plaisanteries grivoises. D’autres me proposent avec insistance de m’asseoir sur leurs genoux (ils ont droit à un siège, pas les hôtesses). Je suis vacataire. Si je parle contre un salarié, on ne me confiera plus de mission. Je serre les dents, et les fesses.

Scénariste:

  • Un trèèèès grand ponte du journalisme me contacte, via Facebook au début de ma carrière. Il fait semblant de s’intéresser à mes écrits, et mon travail photographique. Je suis aux anges, croyant qu’il va me proposer des piges. Quelle n’est pas ma surprise quand il me demande soudain… si j’aime la lingerie fine! Je l’envoie balader, il s’excuse. Quelques mois plus tard, il revient à la charge, de façon nettement plus agressive. Il a du oublier qu’il m’avait déjà contactée, ou alors il s’en fiche. Je le vire sans ménagement de mes contacts. J’apprendrais par la suite qu’il est connu comme le loup blanc dans la profession. Je ne serais pas étonnée qu’il fasse l’objet d’une bonne dskade un jour prochain…

  • Toujours sur Facebook, un journaliste, moins connu, mais tout aussi pro, poste un commentaire bien grivois sur une de mes photos de profil. En gros, il m’accuse de poster une photo sexy (un simple portrait, à vrai dire) pour exciter mes contacts. Je le vire.

  • Toujours sur Facebook, un metteur en scène m’a inondée pendant des années de commentaires énamourés. Pas des propos grivois, mais carrément déplacés, d’autant que je n’ai jamais répondu, ni même réagi, à ses roucoulades.

  • Sur Linked’in, je reçois quasi quotidiennement des requêtes d’hommes d’affaire de nationalités diverses. Il faut dire qu’il y existe un réseau « d’esthéticiennes » qui proposent leur compagnie tarifée. Mais moi, je suis inscrite en tant que scénariste et réalisatrice. Cherchez l’erreur.

  • Sur Twitter, je poste régulièrement, avec deux copines journalistes, des photos d’acteurs à belles gueules, sous le hashtag #MidinettePowa. C’est une blague entre nous, pas de raison que seules les femmes soit objectivées. Un jour, après avoir posté un portrait de Michael Fassbender, un journaliste mâle nous envoie des commentaires bien lourds (et publics donc) sur le pénis du dit acteur.

  • Sur Facebook, et très récemment, suite à la publication d’une photo de profil que je trouve rigolote, mais où l’on voit un bout de gambette et d’orteil peint, un photographe que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam me prend la tête, via Messenger, pour que je pose pour lui. Soi-disant que j’ai « un regard qui raconte des histoires intéressantes ». Quand je lui demande de m’en dire un peu plus sur son travail, silence radio.

  • Une collaboratrice me fait des avances. Quand elle comprend que je suis définitivement héréro, et apprécie fort peu qu’on mélange sexe et travail, elle pourrit sciemment notre boulot commun pendant des mois.

  • Je n’ai pas eu maille à partir avec des réalisateurs ou producteurs indélicats. L’un d’entre eux m’a quand même demandé, en rendez-vous, si c’était « pour lui que j’avais mis cette jolie p’tite robe »?

Blogueuse:

Alors là, c’est la porte ouverte à touters les fenêtres! En presque huit année d’existence, mon blog m’a valu bien des honneurs et belles rencontres. Il m’a aussi exposée à un harcèlement quasi quotidien, via les commentaires (que j’ai du fermer), puis les réseaux sociaux. Commentaires grivois, misogynes, voire haineux quand les espoirs de l’internaute en question sont déçus. J’ai aussi eu maille à partir avec une poignée de vrais malades, des érotomanes qui m’envoyaient déclarations d’amour et voeux de St Valentin. L’un d’entre eux s’est procuré mon ancienne adresse, abusant de la naiveté d’une connaissance commune. Il m’a menacée de mort. J’ai du entamer une procédure légale, et me déplacer sous protection lors de festivals et autres manifestations publiques. Bref, c’est un freak show quasi permanent…

Ca fait beaucoup, surtout quand y ajoute le harcèlement de rue. J’espère que ce témoignage donnera du courage à celles et ceux qui traversent les mêmes épreuves. J’espère surtout que les mentalités finiront par évoluer, qu’on arrêtera de considérer les femmes comme une marchandise, un bout de viande. Voila, maintenant vous savez. Il faut que l’on sache, car le silence protège ce genre d’abus, de crimes.

Copyright©Nathalie Lenoir 2017