Les vampires ne seront pas les seules stars cette année en terres d’Hollywood. Ils devront incontestablement partager la vedette, sur petit comme sur grand écran, avec leurs ennemis séculaires, les loups-garous.

Du second opus de la saga Twilight au très attendu The Wolf Man, du préquel de la franchise Underworld en passant par la série télévisée Bitches, les lycanthropes n’ont pas fini de hurler!

Dès ses balbutiements, le septième art s’empare de divers mythes universels, dont celui du vampire, dès 1909, comme nous l’avons vu dans un précédent article. Le loup-garou, légende qui trouve ses racines dans l’antiquité, ne sera pas longtemps en reste. Il fait son apparition sur grand écran en 1913, et sous sa forme féminine, avec The Werewolf d’Henry MacRae, et s’y installe de façon sporadique. Entre 1935 et l’aube des années soixante-dix, la créature croise sur pellicule le redoutable docteur Frankenstein et sa créature (Frankenstein meets the Wolf man de RW Neill, 1943), les Stooges (Idle roomers, 1944), mais aussi Abbott & Costello (Bud Abbott and Lou Costello meet Frankenstein de Charles Barton, 1948), le docteur Jekyll (Dr. Jekyll y el Hombre-lobo de Leon Klimovsky, 1972). Il rencontre surtout, et à diverses reprises, le vampire, créature à laquelle le loup-garou sera fréquemment associé.


En 1944, le loup-garou s’invite dans The Return of the Vampire de Lew Landers. En 1968, il affronte le comte Dracula en personne dans La Marca del Hombre-lobo du cinéaste espagnol Enrique Lopez Eguiluz. Presque aussitôt, les deux créatures sont à nouveau réunies par Leon Klimovsky (La Noche de Walpurgis, 1971), Miguel M. Delgado ( »Santo y Blue Demon contra Dracula y el hombre lobo, 1973) et Carlos Aured (El Retorno de Walpurgis », 1973). Si le loup-garou semble furieusement en vogue, il faut bien reconnaitre que jusqu’ici, il fait essentiellement figure de faire-valoir. Contrairement à son rival le vampire, le cinéma n’exploite pas encore vraiment toute sa puissance dramatique. Il devient, de guerre lasse, une figure quasi-picaresque de grand méchant loup semant l’émoi dans les collèges de jeunes filles dans quelques très oubliables productions transalpines. Il représente le monstre par excellence, la bête sanguinaire, le fléau, au même titre que la momie ou la créature de Frankenstein.

Les bases du mythe, pleine lune, transmission de la lycanthropie par morsure, double nature, vulnérabilité aux balles, sont posées dès 1935, avec Werewolf of London de Stuart Walker. Six ans plus tard, The Wolf Man, chef d’œuvre de George Waggner offre au loup-garou la part de tragédie, de romanesque, de poésie qu’il mérite. Le monstre est avant tout un homme, maudit, désespéré de sa sinistre condition, un criminel malgré lui. Cette souffrance sera exploitée dans maints films, parfois même avec humour. C’est ainsi qu’en 1957, le loup-garou traverse les affres de l’adolescence dans I was a teenage werewolf de Gene Fowler Jr!

Une fois n’est pas coutume, le renouveau viendra des mythiques studios Hammer. En 1961, le loup-garou se voit offrir les honneurs du Technicolor dans The Curse of the Werewolf de Terence Fisher. Le film dépoussière le mythe en montrant la naissance du tout premier loup-garou. Ce renouveau ne sera hélas pas vraiment suivi d’effet immédiat. La créature apparait dans une quinzaine de long-métrages dans les années soixante-dix mais il faudra attendre les années quatre-vingt pour que sa cote de popularité explose réellement. Il évolue désormais en solo et les scénaristes mettent pleinement à profit sa dualité intrinsèque.


Deux films vont créer l’évènement en 1981, An american worewolf in London de John Landis, et The Howling de Joe Dante, qui donnera naissance à pas moins de… cinq séquels! Le moins que l’on puisse dire, c’est que les loups-garous version 80 ne prêtent vraiment pas à rire! Ils vont semer la terreur dans une nouvelle génération de films plutôt gores, des cinéastes aussi divers que Nanni Moretti (Sogni d’oro, 1981), Neil Jordan (The compagny of wolfes, 1984) ou David Hemmings ( Werewolf, 1987) se prêtant à l’exercice avec plus ou moins de succès, sur petit ou grand écran.

Nouveau coup de projecteur en 1994. Mike Nichols signe Wolf (scénario: Wesley Strick d’après un roman de Jim Harrison). Il y utilise brillamment la lycanthropie comme métaphore de la crise de la cinquantaine et le grand Jack Nicholson livre un portrait de la “bête” d’une complexité réjouissante. Le succès colossal du film relance bien évidemment l’engouement pour la créature qui devient incontournable et surtout, n’est plus forcément cantonnée au rôle de “méchant” de l’histoire.


Le loup-garou est une louve dans Wolf Girl, un monstre sanguinaire dans Dog Soldiers de Neil Marshall, un musicien-lycéen-tueur de monstres dans Buffy the vampire slayer, la série culte de Joss Whedon, il enseigne même la magie au sein de la très réputée école Hogwarts dans la saga Harry Potter de JK Rowling!

En 2003, le cinéaste Len Wiseman ajoute une très belle pierre à l’édifice. Il réinvente conjointement les mythes du vampire et du loup-garou dans Underworld, réinterprétant au passage l’histoire de Roméo et Juliette! Les deux créatures y mènent une guerre séculaire dont l’enjeu est l’éradication pure et simple de l’autre. Les loups-garous y apparaissent comme un peuple opprimé, maintenu en esclavage par les vampires, plus civilisés, aristocrates. A noter que cette féodalité avait déjà suggérée à maintes reprises, et ce dès The return of the vampire de Lew Landers, le vampire incarné par Bela Lugosi y avait pour serviteur un loup-garou.


Les deux créatures ne cessent décidément de se croiser à l’écran, tant elle symbolisent deux aspects complémentaires de l’expression de la sexualité humaine. Si le vampire a indiscutablement une dimension romantique, avec sa beauté surnaturelle, sa grâce maléfique, son dandysme, le loup-garou incarne quant à lui la dimension purement primale, instinctive, de la pulsion sexuelle. Quand le vampire tue autant par plaisir que par appétit, choisissant des proies séduisantes, l’homme (ou la femme) loup n’est que colère, besoin irrépressible de tuer. A noter le très joli tour de passe-passe de Francis Ford Coppola dans son Dracula (1992). Dans une scène d’anthologie, on voit le comte, tour à tour monstre hideux et prince magnifique, prendre la forme d’un loup-garou pour violer l’une de ses proies.

Cette lutte fratricide va être reprise d’une façon édulcorée dans la saga Twilight de Stephenie Meyer. Si le premier volume, Twilight, est centré sur l’histoire d’amour entre une adolescente et un vampire, les trois opus suivants font la part belle à l’autre soupirant de l’héroïne, un loup-garou. Le succès historique de l’adaptation de Twilight, et la mise en production des deux épisodes suivants, New Moon et Eclipse, toujours avec Melissa Rosenberg au scénario, a relancé un énorme buzz autour du thème du loup-garou. Il faut dire que les pontes d’Hollywood avaient depuis longtemps flairé le filon.

Outre la sortie de New Moon, 2009 mettra en lumière hommes (et femmes) loups. On découvrira, sur grand écran, le troisième volet de la franchise Underworld, un préquel intitulé Rise of the lycans, mais aussi The Wolf Man, remake par Joe Johnston du film de George Waggner. Cette nouvelle version est d’autant plus attendue que c’est Benicio Del Toro qui interprète le monstre.

Mais c’est du petit écran que viendront peut-être les grosses surprises de l’année, avec la série Bitches de Michael Dougherty tout d’abord, une fiction estampillée FOX présentée comme un Sex and the city version loup-garou! Le projet est encore embryonnaire mais fait déjà couler beaucoup d’encre des deux côtés de l’Atlantique. Il mettrait en scène quatre jeunes et sexy new-yorkaises qui ont la fâcheuse manie de se transformer en louves à chaque pleine lune. Len Wiseman vient par ailleurs d’annoncer que la franchise Underworld pourrait très prochainement donner naissance à une série télévisée. Autant de projets alléchants à suivre de très près!

Copyright©Nathalie Lenoir 2009

Cet article a été publié en février 2009 dans le webzine Sur vos Ecrans.