Les plus courageux d’entre vous ont osé, la semaine dernière, jouer cartes sur table et répondre à dix questions machiavéliques afin de déterminer leur profil scénaristique.

Voici, à leur seule attention, le redoutable verdict.


D’après les statistiques de ce blog, de très nombreux scénaristes intrépides ont effectué le test que je vous proposais la semaine dernière. Voici enfin les réponses, des profils hautement psychologiques élaborés par notre consultant, le docteur Scénar. Roulements de tambour.

Vous avez totalisé une majorité de réponses A: Vous êtes un newbie enthousiaste

Vous débutez dans le métier, ou n’en êtes encore qu’au stade d’aspirant scénariste, les yeux plein d’étoiles, votre enthousiasme pour tout bagage.
Vous avez d’excellentes raisons de vouloir devenir scénariste. Vous rêvez d’exercer une profession originale, sans routine, ni contraintes (si, c’est possible!). Vous adorez le cinéma, les séries télévisées, vous débordez d’idées plus originales les unes que les autres et vous imaginez gravir les échelons en quelques années à peine. Vous allez devenir uns star, fréquenter d’autres stars, naviguer de tournages en interviews et soirées de gala.
Vous avez, à vrai dire, tellement de ces idées révolutionnaires que vous ne pouvez absolument pas perdre votre temps à suivre une quelconque formation (pour quoi faire, le talent ne s’apprend pas?!). Vous voulez bien, à la rigueur, parcourir un manuel d’écriture, ou lire en diagonale les conseils de cette rabat-joie, mais vite, hein, la renommée n’attend pas!

Votre grande devise? La valeur n’attend pas le nombre des années! Votre passion, votre optimisme sont certes rafraichissants mais force est de constater que vous essayez de placer la charrue avant les bœufs…

Après avoir écumé toutes les sociétés de production parisiennes, un script complet sous le bras, avoir tenté d’entrer en contact avec « le gratin », via Facebook ou un annuaire professionnel, fait la promotion de vos œuvres sur un blog, dans l’espoir qu’un grand producteur vienne les y lire et vous contacte sur le champ pour signer un contrat, vous vous résignerez peut être, la mort dans l’âme, à « perdre » quelques années en apprentissage…

Attention, jeune Padawan! Souvenez-vous de ce qui est arrivé à un jeune apprenti brillant, intrépide mais hélas résolu à deviner un Jedi en brûlant des étapes. Il a TRÈS TRÈS MAL TOURNÉ, permettez-moi de le dire!

Mon conseil: Ravalez un poil de fierté mais ne perdez surtout pas votre enthousiasme! Étudiez sérieusement la dramaturgie, suivez une formation, continuez d’écrire, créez un véritable réseau professionnel et accrochez-vous farouchement à vos rêves!

Arrêtez de bassiner votre entourage avec votre prose, inscrivez-vous plutôt dans des communautés d’auteurs, et oubliez tournages, champagne, louanges de la presse et armée de filles / garçons à poil, vous vous exposerez sinon à de cruelles désillusions…

Vous avez totalisé une majorité de réponses B: Vous souffrez du syndrome de l’artiste maudit

Vous êtes un(e) grand(e), un(e) éternel(le) incompris(e)!

Vous êtes bien plus qu’un scénariste de profession, c’est le scénario qui vous a choisi dès votre plus jeune âge! Il va sans dire qu’avec une vocation comme la votre, il n’y avait nul besoin de suivre une quelconque formation (= esprit formaté), vous vous situez en marge de tous les courants dramaturgiques, de tous les genres cinématographiques et développez votre propre style (sublime, forcément sublime), à mi-chemin entre autobiographie métaphysique et poésie mystique du vingt-quatre images/ secondes.

Qu’importe les années de vaches maigres, voire anorexiques, puisque jamais, au grand jamais vous n’abaisserez votre talent au point d’écrire « de la merde » pour une de ces grandes chaînes privées. Oh, vous auriez pu, c’est certain, et cent fois mieux que ces mauvais confrères, mais la vraie gloire au fond, n’est-elle pas posthume? A quoi bon alors salir sa prose avec les concepts barbares d’audimat, parts d’audience, ménagère de moins de cinquante ans, et droits de diffusion? Non, vous ne ferez décidément jamais partie de cette armée de vendus à la botte de la société de consommation!

Votre prose est beaucoup plus subtile, tellement subtile à vrai dire que votre entourage est incapable de l’appréhender à sa juste valeur, entourage étant, soit dit en passant, un terme peu adéquat puisque vous êtes, par essence tant que par choix, un(e)grand(e) solitaire.

Votre devise? C’est trop injuste! Plus qu’une devise, ce pourrait être le sous-titrage de votre vie d’auteur. Injuste, que vos projets capotent alors qu’ils sont à deux doigts de voir le jour, injuste, que personne ne sache reconnaitre votre mérite, injuste, que les grandes institutions vous refusent toutes leurs bourses à l’écriture (il doit falloir être pistonné pour les obtenir, mais vous ne mangez pas de ce pain là), injuste, qu’on ne retienne jamais votre candidature pour les pools de scénaristes (il doit falloir coucher pour obtenir une place, mais vous ne mangez pas de ce pain là), injuste que l’actrice principale de votre dernier film ait pu croire que vous n’assistiez au tournage que pour lui servir de coursier), injuste que les directeurs de fiction valsent alors que vous aviez ENFIN signé une convention d’écriture!

Mon conseil: Stop à la paranoïa! TOUS les scénaristes sont plus ou moins considérés comme des parasites, TOUS les scénaristes voient certains de leurs projets capoter, mais ils ne le prennent pas mal pour autant (ah si? bon d’accord, je me tais).

Réconciliez-vous avec le monde, respirez un grand coup, vous n’êtes pas tout(e) seul(e)!

Vous avez totalisé une majorité de réponses C: Vous êtes un pur stakhanoviste

Vous appartenez à la famille très restreinte des scénaristes en activité et vous ne comptez pas la quitter de sitôt!

Oui, SCENARISTE, C’EST UN VRAI MÉTIER, et vous en connaissez toutes les ficelles. Le grand secret, au fond, c’est de travailler dur, et vous vous y employez jour après jour (et souvent tard dans la nuit), TOUS les jours. Votre conjoint(e), vos enfants, votre poisson rouge le savent d’ailleurs pertinement, votre bureau est classé « Restricted area » et gare au fou qui vous y dérange! Seul votre chat, créature à l’intellect supérieur qui soutient activement votre carrière, peut venir y flâner comme bon lui semble.

Oui, les choses se passent à merveille pour vous, merci. Vous avez beaucoup de travail, on vous en propose encore, ce serait hasardeux de le refuser, si bien que vous naviguez en permanence entre une bonne demi-douzaine de projets (encore plus au cours des années bissextiles), jonglant entre rendez-vous « à la prod », convocations d’urgence (et accueil trois étoiles) sur les tournages ou en salle de montage, sans oublier courses, sorties d’école et autres visites chez l’orthodontiste, parce que tout de même, vous êtes celui / celle du couple qui ne travaille pas, oups, qui travaille à domicile!
Votre progéniture, puisqu’il en est question, à tout de même un peu de mal à saisir le concept de « travail à la maison », et trouve quotidiennement mille astuces pour solliciter votre attention, de là à dire qu’elle y met de la mauvaise volonté…

Vous êtes, au fil des ans, devenu le roi / la reine de l’organisation professionnelle ET domestique (puisque vous êtes, tout de même, celui / celle du couple qui ne travaille pas, oups, qui travaille à domicile).

Votre devise? Ce qui est fait n’est plus à faire, ou selon les jours et l’humeur, Merde, si je ne boucle pas la V2 ce soir, je suis MORT!.
Tout ceci est très bien, que dis-je, magnifique, mais laisse peu de place pour des concepts exotiques comme:
_ repos (bien entendu, vous dormez ou regardez parfois la télévision, mais toujours avec calepin, PDA et ordinateur portable sous la main, au cas où)
_ loisirs (bien entendu, vous en avez mais ils sont à 95% liés, étrange coïncidence, à votre profession)
_ vacances (bien entendu, votre conjoint(e) vous force régulièrement à en prendre, mais toujours avec calepin, PDA et ordinateur portable sous la main, au cas où).

Mon conseil: Apprenez à vous détendre, mettez votre ordinateur sous clé pendant quelques heures. Soyez zen, apprenez à refuser, ou tout du moins mettre en attente, certains projets. Restez au lit lorsque vous êtes vraiment très fatigué, ou malade. La Terre ne s’arrêtera pas de tourner, votre carrière ne sera pas anéantie, si vous vous abstenez de travailler pendant vingt-quatre heures. (Mince, si mon mari lit ces lignes, il va bien se payer ma tête!)

Vous avez totalisé une majorité de réponses D: Vous êtes un procrastinateur invétéré

A l’école déjà, vous « oubliez » de faire vos devoirs et recopiez à la va-vite ceux de vos camarades, le lendemain matin, la bouche en cœur…
Votre amour de l’écriture est sincère mais vous ne parvenez pas intégrer les complexes notions de « travail quotidien », « journées de huit heures », « semaines de cinq jours »… Vos semaines à vous débutent le lundi à quinze heures trente pour s’achever le jeudi à quinze heures, avec une bonne pause d’un jour, un jour et demi au beau milieu, histoire de reprendre des forces.
Vous avez fait de la procrastination un véritable art de vivre, parce qu’on ne vit justement qu’une fois. Lorsqu’on vous interroge sur l’avancement de vos divers projets, ils sont toujours « en chantier » et, force est de constater qu’ils le restent parfois indéfiniment. Vous ne vous attelez sérieusement à la tâche que cinq jours avant un deadline en vertu de votre grande devise: ne jamais repousser au lendemain ce qu’on peut remettre au surlendemain!

Il faut dire aussi que ce n’est pas entièrement de votre faute! Votre mère, ou ce pot de colle de Dédé (celui qui est au chômage et dont le couple bât sérieusement de l’aile), n’arrêtent pas de vous appeler précisément au moment où vous alliez vous mettre à bosser. Et que dire alors des télé-vendeurs et autres démarcheurs! Vos potes n’arrêtent pas de vous envoyer par mail des blagues qu’il faut bien faire circuler à votre tour, de peur de se voir taxer d’égoïste, ou pire encore, de pince-sans-rire! Vos nombreux amis de Facebook vous inondent d’invitations et requêtes en tout genre, la télévision rediffuse les meilleures séries en pleine journée, votre chien a besoin de se dégourdir les pattes, votre console de jeu flambant neuve vous fait de l’œil, votre médecin vous a interdit de rester assis plus d’une heure d’affilée (si, c’est vrai!).
C’est bien simple, tout le monde conspire à vous empêcher de travailler!

Il est scientifiquement prouvé que conjoint, enfants, belle-famille, voisins, banquier et poisson rouge se trompent lorsqu’ils clament que « scénariste, ce n’est pas un vrai métier », ou que « les scénaristes ne sont que de gros fainéants » mais, pour être tout à fait honnête, n’avez-vous pas un poil l’impression de contribuer activement à cette vaste campagne de désinformation?

Mon conseil: enfermez-vous, à heures fixes, dans une pièce dédiée au travail, dénuée de toute distraction (téléphone, téléviseur, console de jeux, chien, bandes-dessinées, magazines). Ne consultez pas votre boîte mail, oubliez vos profils Twitter, Facebook et autres. Fâchez-vous définitivement avec Dédé.
Fixez-vous des objectifs professionnels réalistes, déterminez un planning de travail et respectez-le.
Et surtout, pratiquez cette rééducation par paliers successifs, de peur de bouleverser votre métabolisme.

Si vous êtes à cheval sur plusieurs de ces profils

J’aurais tendance à dire, cher(e) lecteur/ lectrice que vous êtes, au choix:

  • un(e) scénariste parfaitement épanoui(e), équilibré(e), bravo!
  • borderline, psychotique, mal barré!
  • un(e) sacré(e) menteur / menteuse!

Post Scriptum à l’attention des petits malins qui auront attendu ces réponses pour faire le test: Bouh, c’est très mal!!! Quant aux autres, ceux qui ont été sincères et se sentent maintenant un poil dépités, en mode je suis un(e) freak, mes proches avaient raison, je les félicite pour leur courage. 😉

Copyright©Nathalie Lenoir 2016

Cet article a été publié en mars 2016 dans le cadre de la chronique « Bigger than fiction » du blog Scénario-Buzz.com.