Chaque mois de décembre, j’ai pour coutume de me réunir avec moi-même pour un bon gros bilan du millésime écoulé, histoire d’apprécier le travail accompli et de me fixer des objectifs pour l’année à venir. Je dois dire que 2019 fut riche en stress, et frustrations, mais aussi en belles rencontres et surprises. Je crois que j’ai rarement autant appris sur moi-même que cette année…

Je dois l’avouer, 2019 a débuté dans les larmes. Des larmes de bonheur en assistant à l’ultime discussion avec Agnès Varda (elle détestait le terme de « masterclass »), à la Cinémathèque. Des larmes de peine et gratitude lors du mémorial émouvant, pêchu et drôle, organisé par cette même Cinémathèque, lorsqu’elle nous a quittés, deux mois plus tard.

Sans doute parce qu’elle avait le même âge que mon grand-père, j’ai toujours considéré cette immense cinéaste comme une grand-mère spirituelle, une mamie de cinéma, une pionnière qui a ouvert avec force et bienveillance la voie à plusieurs générations de femmes réalisatrices. Nous lui devons beaucoup.

En ce début d’année, j’ai aussi accompagné un de mes chats dans ses derniers instants. Buffy était la doyenne de ma « meute » féline, une fidèle compagne de vie et d’écriture. Ce fut un crève-coeur de lui dire adieu et s’il me reste deux monstres poilus, mon bureau depuis me semble vide…

Je n’ai heureusement pas eu le temps de m’apitoyer sur mon sort, car j’avais beaucoup de boulot, en tant que scénariste, notamment sur le film de Marie Gillain, pour l’instant sans titre, co-produit par Mustang Productions et Marvelous Productions. Il m’a occupée une bonne partie de l’année, à vrai dire, et nous sommes en train d’en achever l’écriture. Marie le tourne l’année prochaine, si tout se passe bien, et je sais qu’elle le fera avec talent.

Dès le mois de mars, c’est ma propre carrière de cinéaste qui a repris le dessus, avec la sélection du Têtard au Marché Européen de la Composition Musicale du Festival International du film d’Aubagne. Comme vous le savez, j’y ai eu la chance de rencontrer le compositeur du film, et des suivants, Olivier Deparis. Une évidence, dès l’écoute de ses premières maquettes, tant nos univers sont connectés. A peine rentrée d’Aubagne je repartais en repérages, à Saint-Nazaire, en compagnie de mon premier assistant, Fred Castelnau. Ce séjour sur les futurs décors du Têtard fut magique, la ville est d’une cinégénie incroyable et nous y avons trouvé matière à plusieurs films. En tout cas, j’espère y tourner mon long-métrage itou…

De retour à Paris, je me suis offert un bon petit burn out carabiné, quand le CNC nous a annoncé repousser sa plénière de… trois mois, ce qui repoussait automatiquement mon tournage… de six. Comme je le réaliserais plus tard (teasing de la mort qui tue), ce fut une chance, mais sur le coup, j’avoue que je l’ai terriblement mal vécu. C’est que je le portais déjà depuis deux ans, ce court-métrage, et cela retardait les négociations entamées avec un producteur pour mon premier long, et celles entamées avec un autre pour le second. Mon corps et mon moral ont flanché, et j’ai été malade comme un chien tout l’été. ^^

Mais avec les beaux jours sont arrivés deux merveilleux cadeaux. Tout d’abord, un ami m’a incrustée à la géniale masterclass de Damien Chazelle, organisée par Mille Visages. L’expérience fut inspirante et thérapeutique. J’en suis ressortie remontée comme un coucou suisse et j’ai aussitôt contacté le directeur de la photographie de mes rêves, Aurélien Marra, en mode « et puis merde ». Figurez-vous que l’envie de travailler ensemble, et pas que sur un film, fut commune. Deuxième effet Kisscool: Aurélien n’aurait pas été libre pour tourner mon Têtard en octobre, et l’aurait bien regretté (et moi donc!). Le voilà, mon fameux « mal pour un bien », j’en aurais presque embrassé les membres du CNC. 😉

Si j’ai mis du temps à recharger les batteries, physiquement parlant, mon moral est remonté en flèche et j’ai ENFIN accepté cette fameuse leçon sur le lâcher prise que mon agent essayait de m’inculquer depuis des années. Une vraie révélation, hihi! J’ai profité d’être clouée au lit pour avancer dans l’écriture de deux nouveaux longs-métrages, dont le fameux « film de fantômes », dont entendent beaucoup parler mes abonnés Instagram. J’ai aussi voulu me lancer dans un nouveau roman, mais là j’avoue que j’ai pêché par optimisme, je manque carrément de temps…

Un petit concert de « mozer » Patti Smith, fin août, a fini de me remettre sur pied et j’ai fait ma rentrée en relevant le challenge de mon agent: écrire, en une semaine, un nouveau projet de série à réaliser pour une plateforme. Du coup je lui lancé un défi à mon tour: ressusciter mon autre projet de court-métrage, La Reine Lézard, ce qu’elle a fait en me trouvant un producteur, elle aussi en une semaine. Vous comprenez pourquoi on s’entend si bien? 😉

Toujours en septembre, j’ai accepté un très joli projet, dans le domaine de l’édition, dont je n’ai absolument pas le droit de vous parler et qui sera publié en décembre… 2021. Et j’ai lancé, avec mes producteurs respectifs, les castings pour Le têtard et Quelqu’un qui m’aimera toujours, tout en terminant l’écriture du film de Marie G.

J’ai tourné, en octobre, le film qui devait illustrer la campagne de crowdfunding de La Reine Lézard, qui fut un succès (112%!), et j’en serai éternellement reconnaissante à tous ceux qui y ont contribué. La fin d’année a été consacrée à la préparation des tournages de mes deux courts. Celui de La Reine Lézard se déroulera début février et celui du Têtard, pendant les vacances de Pâques.

L’année s’est terminée sur une bonne grosse whatthefuckade de la part du CNC, qui nous a refait le coup du report de commission, et sur une nouvelle perte cruelle, celle d’Anna Karina, ma muse de toujours. Heureusement que j’ai eu de grosses consolations, tant en ce qui concerne le casting du Têtard, que l’équipe technique de La Reine Lézard.

J’aborde 2020 avec le coeur léger, et deux films à tourner d’ici le mois de juin, avec des équipes en or massif, que ce soit en terme de producteurs, techniciens et comédiens. Je leur suis extrêmement reconnaissante de rendre ces aventures possibles! 🙂

Copyright©Nathalie Lenoir 2019