Pour sa première réalisation, Greta Gerwig, déjà comédienne et scénariste de talent, fait très fort. Elle est nominée aux Oscars dans la catégorie « meilleur réalisateur ». Elle n’est que la cinquième femme dans ce cas. La cinquième en près de… quatre-vingt-dix ans!

Depuis que je l’ai découverte dans Greenberg de Noah Baumbach, j’adore Greta Gerwig. Elle compte parmi les actrices dont le nom au générique suffit à me donner envie de voir un film. Et j’admire beaucoup sa plume, notamment dans Frances Ha! et Mistress America.

Autant vous dire que j’attends Lady Bird, sa première réalisation, avec une grande impatience. Il sera dans nos salles à la fin du mois. Et je tue le temps en lisant ses diverses interviewes au sujet du film. Dans les colonnes du New York Times, elle se livre avec une sincérité rafraîchissante et une assurance sereine. Loin d’une Lena Dunham, qui a savamment construit son personnage public, jusqu’à parfois se prendre les pieds dedans, Greta Gerwig est à l’image des personnages qu’elle incarne à l’écran, une jeune femme de son temps, un poil perchée et maladroite, mais résolue à s’accomplir et faire péter le plafond de verre.

A ses débuts, la presse l’a aussitôt cataloguée « femme de » car depuis Greenberg justement, elle est la compagne de Noah Baumbach. On l’a beaucoup qualifiée, à tort, de muse quand Baumbach l’a filmée dans Frances Ha! A tort car ce film n’est pas la quintessence de la Baumbach’s touch, mais bien celle de Gerwig. Ils font partie de ces couples d’artistes au sein duquel chacun inspire l’autre et fait entendre sa voix, et son style.

Loin de ruer dans les brancards, la cinéaste en herbe a serré les dents, gardé le sourire, et réalisé un film dont la maitrise a surpris tout le monde, ceux qui ne voyaient en elle qu’une égérie en tout cas.

Et quand à l’approche des Oscars, on interroge Gerwig sur ce triste statut de « 5ème femme nominée en 90 ans », elle se contente d’expliquer en quoi le fait d’avoir vu ces rares femmes cinéastes récompensées a été capital dans son propre parcours professionnel:

Je me souviens parfaitement quand Sofia Coppola a été nominée dans la catégorie meilleur réalisateur et a remporté l’Oscar du meilleur scénario [pour Lost in Translation en 2004] et ce que cela a signifié pour moi. Et je me souviens quand Kathryn Bigelow a été couronnée meilleur réalisatrice et à quel point les possibilités semblaient s’étendre grace à cela. J’espère vraiment que les femmes de tous âges – les jeunes femmes, les femmes déjà établies dans leurs carrières – quand elles voient ça pensent « Je veux me lancer et tourner mon film ». Parce que la diversité des raconteurs d’histoires est incroyablement important et parce que je veux voir leurs films. Je veux savoir ce qu’ils ont à dire! Donc j’espère que c’est l’effet que cela aura.

Oui, outre son talent manifeste, c’est cette confiance solaire qui me bluffe chez cette artiste. Elle se fiche de l’image de douce zinzin que lui collent les médias (et certains fans), mais répond patiemment et fermement à ceux qui tentent, l’air de rien, de minimiser son travail. Non le tournage de Lady Bird n’a pas été joyeusement foutraque, le scénario a été écrit et respecté à la lettreNon, Noah Baumbach ne lui a tenu ni le stylo ni la caméra. Elle a pris le temps de peaufiner son script (dont le premier jet faisait 350 pages) et « d’écouter ses personnages ». Non, le film n’est pas autobiographique, elle est capable de regarder plus loin que son petit nombril.

Lors d’un récent Women in Entertainment Summit, Greta Gerwig confiait que certains financiers associent encore le fait de financer un film porté par une femme à « un acte de charité », avant d’ajouter qu’elle souhaite elle-même produire des films de femmes car cela représente un gros marché. Les femmes, qui représentent plus de la moitié de l’humanité, « veulent voir des films faits par des personnes qui savent de quoi elles parlent, qui ont expérimenté des problématiques féminines. C’est une décision capitaliste. »

Je vous recommande chaudement la lecture de l’entretien entre Greta Gerwig et Francis Ford Coppola, publié par Interview. Vous noterez au passage que le magazine la qualifie de « petite chérie » quand tonton Francis Ford a droit au label « légende vivante », hem… Ce n’est pas pour autant qu’elle se laisse écraser lors de la conversation. 😉

Et quand essaie de lui faire un procès d’intention, sous prétexte qu’elle a par le passé tourné avec Woody Allen (comme les deux tiers des acteurs hollywoodiens, so what?), elle recentre élégamment le débat:

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