Découvrir le témoignage d’écrivains célèbres permet de confronter leurs expériences avec son propre rapport à l’écriture, de prendre du recul vis à vis de sa névrose routine d’auteur(e). Voici quelques unes de mes bibles personnelles…

Journaux / mémoires d’auteur(e)s:

Ecriture : Mémoires d’un métier de Stephen King: des mémoires publiées en 2000 dans lesquelles le grand maitre du suspense brosse un autoportrait intime à travers sa relation à la plume et nous livre quelques judicieuses recettes et exercices d’écriture. On y découvre son lien charnel à un art qui lui a littéralement sauvé la vie, à plusieurs reprises, et dans tous les sens du terme. Cet ouvrage magnifique a été traduit en français sous le titre Écriture: mémoires d’un métier et, comme maints confrères, je lui voue un véritable culte. Il faut dire que Stephen King s’y livre avec générosité et humilité, dans une véritable optique de transmission de savoir, bref, cet ouvrage est in-con-tour-na-ble!

Journal et L’art du roman (recueil d’articles) de Virginia Woolf: des textes dont la finalité première n’étaient pas tant la transmission que la confession, à travers lesquels on découvre l’immense romancière anglaise sous le plâtre de sa légende. Elle y livre avec flamme son amour dévorant pour la littérature et on découvre à quel point elle s’est livrée toute entière à son art, avec un acharnement quasi maniaque qui l’a littéralement consumée.

Références:

 

Écrire de Marguerite Duras: on aime « MD » ou on la déteste. Je lui dois, quant à moi, l’un de mes premiers déclics d’auteur lors de mon adolescence. On peut certes lui reprocher de s’être laissé glisser, dans ce court recueil, à l’auto-célébration crasse qui a marqué ses dernières années mais comment ne pas être touché par l’émotion et la flamme qui transparaissent entre les lignes?

Journaux de Sylvia Plath: non seulement j’adore sa poésie mais la découverte de ses journaux m’ont fait l’effet d’une gifle. On s’y émerveille de la précocité de son talent (les premiers textes datent de la fin de son adolescence) et on est bouleversé(e) par l’extrême douleur de sa relation à l’écriture, entre longues périodes de blocage (notamment à cause de l’écrasante stature de son époux, le poète Ted Hughes) et moments de fulgurance aux cours desquels sa productivité est impressionnante. On ne peut surtout que déplorer tous les chefs d’œuvres avortés par son suicide à l’âge de trente-et-un ans…

Et devant moi le monde, de Joyce Maynard: un fascinant témoignage sur une vocation d’écrivain qui a bien failli être tuée dans l’oeuf. En 1972, à dix-huit à peine, la jeune Joyce Maynard publie un article dans le Times Magazine qui fait d’elle la figure de proue d’une génération, et lui ouvre les portes du monde de l’édition. Ce texte lui vaut aussi une rencontre avec l’un des plus grands auteurs contemporains, J.D. Salinger, avec qui elle noue une liaison malgré leurs trente ans d’écart. Mais le conte de fées vire rapidement au cauchemar et menace l’avenir littéraire de la jeune auteure en herbe…

Références:

 

M train, de Patti Smith: de tous les ouvrages de ma mère spirituelle, c’est celui que je préfère entre tous. Une véritable pépite dans laquelle la grande poétesse/musicienne se confie sur son rapport à l’écriture, pleine de petits rituels et fétichismes, et nous confie comment l’écriture l’a menée sur la voie de la sagesse. Un témoignage ultra précieux!

La foi d’un écrivain, de Joyce Carol Oates: une collection de textes dans lesquelles l’immense romancière évoque la naissance de sa vocation, les ouvrages qui l’ont influencée, sa routine d’écriture…

Journal d’un écrivain en pyjama, de Dany Laferrière: Après trente ans d’écriture, l’académicien livre ses conseils aux jeunes écrivains, à travers réflexions, anecdotes, méditations et traits d’humour. Un texte délicieux, empli de passion littéraire et d’humanisme.

Références:

 

Dans le registre biographies:

Keats d’Andrew Motion: un véritable travail d’orfèvre dans lequel l’auteur retrace toute l’existence du surdoué John Keats et dissèque quasiment chacune de ses lignes. Une véritable radioscopie de l’âme du brillant poète qui a inspiré à Jane Campion son superbe Bright Star. On a presque l’impression que le biographe s’est glissé sous la peau de son sujet. Un véritable chef d’œuvre hélas pas traduit dans notre langue…

Manderley for ever de Tatiana de Rosnay: coup de foudre pour cette biographie vibrante et inspirée au sujet d’une auteure fascinante et peu connue, malgré son succès littéraire. C’est à la fois un hymne à la création littéraire et une leçon d’écriture biographique, must read!

Marguerite Duras, de Laure Adler: Fruit de douze années d’entretiens entre les deux auteures, cette biographie fleuve est envoûtante et très fidèle à son sujet, qui a eu grand soin de brouiller les pistes de son vivant. Je l’ai dévoré à diverses reprises avec un bonheur sans cesse renouvelé.

Références:

 

The last love song, de Tracy Daugherty: une passionnante biographie dédiée à l’immense Joan Didion, l’une des grandes « voix » de l’Amérique du 20ème siècle. Le portrait fouillé d’une auteure habitée et complexe, qui a fait passer l’écriture avant tout le reste, et s’y est accrochée pour supporter l’insurmontable. Ce vibrant hommage, sans idolâtrie, éclaire bien des zones d’ombres et donne envie de se replonger dans l’oeuvre de Didion. Juste incontournable!

Sam Shepard, a life, de John J. Winters Je me suis offert cet ouvrage pour me consoler d’une perte immense, et grand bien m’en a pris. Non seulement cette biographie brosse le portrait d’un homme exceptionnel (dans ses qualités comme ses excès), mais elle décrypte une grande oeuvre théâtrale/cinématographique/littéraire et ses influences. Loooove!

Sagan et fils, de Denis Westhoff: Rarement un(e) auteur(e) aura été raconté(e) avec autant de délicatesse, et pour cause. Un portrait plein d’humanité et de tendresse, qui casse pas mal de mythes et légendes.

Références:

 

Quelques recettes d’écriture:

Mes secrets d’écrivain, d’Elizabeth George: un ouvrage qui mêle guide technique et mémoires d’auteur, organisé en quatre parties, dans lequel la romancière nous livre sa propre méthode d’écriture. Si l’emballage marketing peut rebuter, c’est une excellente lecture.

La Dramaturgie, d’Yves Lavandier: ma Bible, le livre sans lequel je ne serais peut-être jamais devenue scénariste. On y trouve toutes les bases de l’écriture de roman/pièce/scénario, illustrées de maints exemples, mais aussi les clés pour poursuivre l’apprentissage de la dramaturgie. Si on ne devait en lire qu’un, ce serait celui-là.

La bible du scénariste, de Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin: qui malgré son titre pompeux vaut effectivement le détour. Il réunit trois ouvrages, à vrai dire: Grammaire du cinéma, Le Personnage et Leçons de scénario et il aborde l’écriture scénaristique sous presque tous ses aspects, analysant au passage ce qui fait « la patte » de quelques grands maitres. Une découverte très récente qui m’a emballée.

Références:

 

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